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Accord du participe passé avec avoir : la règle et ses pièges

« Les fautes que j'ai corrigé » ou « corrigées » ? Une seule question règle presque tous les cas. Les autres sont ceux que les correcteurs de dictée attendent au tournant.

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L'accord du participe passé avec avoir tient en une phrase : le participe s'accorde avec le complément direct (le COD) quand ce complément est placé avant le verbe. Placé après, ou absent, il ne commande rien et le participe reste invariable. C'est la formulation de l'Office québécois de la langue française (OQLF) dans sa synthèse sur le sujet, et celle qu'on apprend à l'école.

Le problème n'est donc pas la règle. C'est de repérer le COD quand il se cache derrière un que, un les ou un nous, et de savoir quels verbes échappent à l'accord. Voici une méthode en trois questions pour le trouver, puis les huit cas qui font perdre des points. Tous les exemples sont écrits par nous.

Quelle est la règle d'accord du participe passé avec avoir ?

Comparez ces trois phrases :

  • J'ai écrit deux lettres. (le COD, deux lettres, vient après : écrit ne bouge pas)
  • Les lettres que j'ai écrites sont parties ce matin. (que reprend les lettres, placé avant : accord au féminin pluriel)
  • Ces lettres, je les ai écrites hier soir. (les reprend ces lettres, placé avant : même accord)

Le verbe et le temps sont identiques. Seule la place du COD change, et l'orthographe suit. Avec avoir, le sujet ne compte jamais : « Elles ont écrit » s'écrit sans -es, quel que soit le nombre de rédactrices.

Cette bizarrerie a une histoire. Clément Marot l'a mise en vers au XVIe siècle, d'après l'usage italien, et l'école l'a consacrée depuis. Elle est souvent contestée, régulièrement proposée à la simplification, et toujours en vigueur en 2026. On l'applique donc.

La règle en une ligne. Auxiliaire avoir : accord avec le COD s'il est placé avant le verbe, jamais avec le sujet.

Comment trouver le COD en trois questions ?

En dictée, le temps manque. La méthode doit tenir en quelques secondes.

  1. Quel est l'auxiliaire ? Si c'est être, on change de règle (accord avec le sujet, sauf verbes pronominaux). Si c'est avoir, on continue.
  2. Le verbe a-t-il un COD ? Posez la question « quoi ? » ou « qui ? » directement après le participe : « j'ai écrit quoi ? ». Pas de réponse, pas d'accord : « Elle a ri », « Ils ont dormi ».
  3. Où est ce COD ? S'il se trouve avant le verbe, accordez avec lui. Pour un pronom (que, l', les, me, te, nous, vous), remontez jusqu'au mot qu'il remplace pour connaître son genre et son nombre.
Méthode en trois questions pour accorder le participe passé employé avec avoir 1. Auxiliaire avoir ? 2. Un COD ? (quoi ? qui ?) 3. COD avant le verbe ? oui oui non Autre règle (être, pronominal) non Invariable : elle a ri non Invariable : j'ai écrit deux lettres oui Accord : les lettres que j'ai écrites
La méthode en trois questions, appliquée aux exemples de l'article. Schéma Dictée et Orthographe.

Deux variantes reviennent souvent dans les dictées et se règlent avec la même méthode. Les questions d'abord : « Quelles fautes as-tu corrigées ? » Le COD quelles fautes ouvre la phrase, donc accord. Puis combien de : « Combien de dictées as-tu faites cette semaine ? » Même logique, le COD est devant.

Pourquoi « elle nous a parlé » ne s'accorde-t-il pas ?

Parce que nous n'est pas toujours un COD. C'est l'erreur la plus fréquente chez les bons élèves, ceux qui ont retenu « pronom placé avant, j'accorde » sans la suite.

Testez la construction du verbe sans pronom. On parle à quelqu'un : nous est complément indirect, aucun accord. « Elle nous a parlé. » « Il vous a téléphoné. » « Ils leur ont souri. » On voit quelqu'un, sans préposition : nous est COD. « Elle nous a vus » (deux garçons, ou un groupe mixte), « Elle nous a vues » (deux filles).

Même piège avec me et te. « Ma sœur m'a appelée » (je suis une femme, appeler quelqu'un) mais « Ma sœur m'a écrit » (écrire à quelqu'un). Leur, lui, n'est jamais COD : il ne déclenche jamais d'accord.

Quels sont les pièges de l'accord du participe passé avec avoir ?

Voici les huit cas qui reviennent dans les dictées, parce qu'ils trompent même les adultes qui écrivent beaucoup.

1. Le pronom « en »

Quand en est complément direct, le participe reste généralement invariable, indique l'OQLF. « Des dictées, j'en ai fait trois. » « Des erreurs, il en a commis beaucoup. » En signifie « une partie de cela » et n'a ni genre ni nombre clairs.

2. Le participe suivi d'un infinitif

Ici, la règle change de question : le COD placé avant fait-il l'action de l'infinitif ? Si oui, accord. Sinon, invariable.

  • « La chanteuse que j'ai entendue chanter » : c'est la chanteuse qui chante. Accord.
  • « La chanson que j'ai entendu chanter » : la chanson ne chante pas, on la chante. Invariable.
  • « La maison que j'ai vu construire » : la maison ne construit rien. Invariable.

3. « Fait » suivi d'un infinitif

Toujours invariable, sans exception. « Ces robes, elle les a fait faire sur mesure. » « Les élèves que le professeur a fait sortir. » Le couple faire + infinitif forme un bloc, et le participe ne s'accorde jamais.

4. « Laissé » suivi d'un infinitif, et la tolérance de 1990

Selon la règle traditionnelle, laissé suit le cas n° 2 : « Les enfants que j'ai laissés jouer » (les enfants jouent). Mais les rectifications orthographiques publiées au Journal officiel en décembre 1990, approuvées par l'Académie française, rendent ce participe invariable « sur le modèle de celui de faire ». On peut donc écrire « Je les ai laissé partir ». L'Académie présente ces rectifications comme des recommandations : les deux graphies sont acceptées, la nouvelle est plus simple.

5. Les verbes impersonnels

Un verbe impersonnel n'a pas de vrai COD, même quand un que traîne devant lui. Le participe est toujours invariable. « Les chaleurs qu'il a fait en août. » « La tempête qu'il y a eu cette nuit. » « Toutes les heures qu'il a fallu pour finir. »

6. Coûter, valoir, peser, mesurer

Ces verbes ont deux visages. Avec une mesure (un prix, un poids, une durée), il n'y a pas de COD mais un complément de mesure : invariable. « Les cent euros que ce dictionnaire a coûté. » Au sens figuré, ils deviennent transitifs et l'accord revient. « Les nuits blanches que ce dictionnaire lui a coûtées. » L'OQLF donne le même partage avec valoir et vivre.

7. Le pronom « l' » qui remplace une idée

Si l' reprend un nom, on accorde : « Cette dictée, je l'ai relue deux fois. » S'il reprend toute une idée, il est neutre et le participe reste au masculin singulier. « La dictée était plus longue que je ne l'avais imaginé. » On n'avait pas imaginé la dictée, on avait imaginé qu'elle serait plus courte.

8. L'infinitif sous-entendu

Avec pu, voulu, dû ou prévu, un infinitif est souvent sous-entendu, et c'est lui le vrai COD. « J'ai fait toutes les dictées que j'ai pu » (sous-entendu : faire). Invariable. Le réflexe utile : si l'on peut ajouter un infinitif à la fin de la phrase sans changer le sens, on n'accorde pas.

Comment s'entraîner à l'accord du participe passé ?

Relire une règle ne suffit pas. Les fautes de participe surviennent quand l'attention est ailleurs, au milieu d'une phrase longue, quand le COD est trois lignes plus haut. C'est exactement ce que reproduit une dictée.

Notre conseil : relisez chaque texte une fois uniquement pour les participes. Soulignez chaque avoir suivi d'un participe, puis appliquez les trois questions. En dictée, l'œil sait faire un seul tri à la fois : mélanger accords, homophones et ponctuation dans la même relecture, c'est en laisser passer.

Gardez aussi une liste de vos fautes. On ne se trompe presque jamais au hasard. Celui qui écrit « elle nous a parlés » refera la même faute avec téléphoné et souri, jusqu'à ce qu'il ait identifié le piège du complément indirect.

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Prochaine étape logique : les verbes pronominaux, où être joue le rôle d'avoir et où « elles se sont lavé les mains » côtoie « elles se sont lavées ». Les autres articles du blog Dictée et Orthographe y viendront.

  1. Office québécois de la langue française, Vitrine linguistique, Synthèse des règles d'accord du participe passé employé avec avoir (règle générale, verbes impersonnels, verbes de quantité, pronom l', infinitif sous-entendu), consulté le 6 novembre 2026.
  2. Office québécois de la langue française, Accord du participe passé suivi d'un infinitif.
  3. Office québécois de la langue française, Accord du participe passé avec le pronom en.
  4. Académie française, Les rectifications de l'orthographe, § 5 « Le participe passé de laisser suivi d'un infinitif ».
  5. Académie française, Questions de langue : rectifications de l'orthographe (statut de recommandation).
  6. Slate, L'archaïque accord du participe passé avec l'auxiliaire avoir (origine de la règle et Clément Marot).